Alain Decaux (1/3) : « A 8 ans, mon premier livre était déjà consacré à l’histoire »

Devant une peinture réalisée par son frère, Alain Decaux nous explique les raisons de son amour pour l’histoire et comment tout a commencé (photo RB)

Sur le canapé, une biographie de Pierre Benoit est posée à côté de lui. Deux immortels face à moi. Vendredi 24 février 2012, Alain Decaux me reçoit dans le salon de son domicile parisien, dans le XVIe arrondissement. Mon regard balaie la pièce. Première surprise. L’homme qui a, pendant près de 50 ans, transmis son amour pour l’histoire de France vit entouré de nombreuses sculptures et vases d’inspiration asiatique. Sur les murs, d’immenses toiles réalisées par son frère Hubert côtoient une photo qui immortalise la rencontre de l’académicien avec le pape Jean-Paul II. Habit vert contre soutane blanche. Sur les meubles, les livres s’amoncellent mais laissent une large place pour les photos de famille. « Je suis désolé de ne pas vous recevoir dans mon bureau mais il est difficilement accessible », s’excuse presque Alain Decaux.

Depuis les années 1950, il a bercé plusieurs générations de passionnés d’histoire. Par l’écriture d’abord. Il reçoit – alors qu’il n’est âgé que de 22 ans – le prix de l’Académie Française en 1947 pour son livre Louis XVII retrouvéun de ses sujets de prédilection. Une soixantaine d’autres publications suivront. Mais c’est avec ses émissions radiophoniques (La Tribune de l’histoire) et télévisées (La caméra explore le temps, Alain Decaux raconte) que sa carrière prend son véritable envol et qu’il va acquérir une grande popularité auprès du public. Ce parcours exceptionnel le conduira d’ailleurs sous la Coupole en 1979 et même sur les chemins de la politique : il deviendra ministre de la Francophonie sous le gouvernement de Michel Rocard en 1988. Aujourd’hui âgé de 86 ans, l’homme n’est plus guère sollicité et personne ne sait finalement d’où vient son engouement pour cette discipline.

La découverte de l’histoire par les romans

La lecture. C’est par ce biais qu’Alain Decaux est venu à l’histoire. « Pendant la guerre, ma famille a quitté Lille pour s’installer en Bretagne où nous avions des cousins. C’est dans une vitrine d’une librairie de Saint-Quay-Portrieux (Côtes d’Armor, ndla) que j’ai vu une série de brochures intitulées Les Misérables. Il y en avait huit. Je ne savais pas ce que c’était, je ne savais pas qui était Victor Hugo mais j’en avais une envie folle ». Ça sera son cadeau de Noël. Pendant les vacances scolaires, le jeune Alain Decaux dévore les pages et s’enthousiasme pour le roman historique au point de s’enfermer – dès qu’il le peut – dans la bibliothèque de la commune pour lire les oeuvres d’Alexandre Dumas. Un auteur qui a eu un effet foudroyant sur sa personnalité et qui n’est sans doute pas étranger à son goût pour la narration et l’écriture.

« J’ai toujours aimé écrire. A 8 ans, mon premier livre était déjà consacré à l’histoire. Il s’agissait de quelques feuilles rédigées à la main que ma grand-mère avait pris soin de relier avec du fil noir. Cela s’appelait Le secret du Grand Roi. Hélas, je l’ai perdu » se souvient-il avec un sourire dans la voix. Au lycée, Alain Decaux poursuit ses oeuvres de jeunesse. Il écrit quelques pièces de théâtre où cohabitent les plus illustres personnages. « Dans mes archives, j’ai retrouvé une pièce écrite quand je devais avoir 17 ans. Il s’agit d’une scène de Robespierre parlant avec son confesseur. Ce personnage m’a toujours beaucoup intéressé ».

L’histoire le conduit d’abord au journalisme

C’est par l’intermédiaire de l’histoire qu’il obtient son premier emploi. A la Libération, l’affaire Louis XVII intéresse beaucoup de Français : le dauphin est-il bien mort à la prison du Temple ou a-t-il survécu à la Révolution Française ? Alain Decaux est embauché par René Maine – rédacteur en chef de l’hebdomadaire Quatre et Trois – pour faire le point sur cette question. « Au départ, il ne s’agissait que d’un simple article. Face aux nombreux courriers reçus, cela s’est finalement transformé en série puis en livre, mon premier. René Maine m’a toujours conseillé d’écrire de l’histoire. Je l’ai écouté et je suis finalement une des rares personnes qui peut dire à qui je dois ma vocation ». Alain Decaux consacrera d’ailleurs, en 1947, son premier livre à cette question puis, deux années plus tard, à la mère de Napoléon, Letizia.

Au fond du salon, près d’un bureau, un petit cadre est posé sur le rebord de la bibliothèque. Il s’agit d’une photo dédicacée de Sacha Guitry. « Je l’ai rencontré alors que je n’étais rien. Il m’a demandé ce que je souhaitais faire dans la vie. Je lui ai répondu : écrire des livres ». L’auteur de Si Paris m’était conté ne s’est pas trompé. Au bas de la photo, on peut lire « A mon cher confrère ». Un bon présage.

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